EuroMag  27 07 2004

Le lion de Bar-le-Duc

Parmi les légendes, il y a celles qui n'ont peut-être pas existé ou sont simplement issues des croyances populaires, la bête du Gevaudan ou le monstre du Loch Ness comptent parmi les plus connues. D'autres ont réellement vécues. Francis Varinot est de celles-ci.

Bien qu'il s'en défende, le personnage est bien trop modeste pour revendiquer un tel statut, il a marqué le hand français, alsacien en particulier. L'ancien gardien du RC Strasbourg, avec lequel il remporta en 1977 le titre de champion de France, ou de l'équipe de France (il compte 160 sélections environ) a laissé un souvenir impérissable dans les esprits de ceux qui l'ont cotoyé tout au long de sa carrière.

Débuts tardifs

Pourtant, en débutant le hand en club à seulement 16 ans, Francis n'est pas prédestiné à la carrière qui suit. Il choisit le poste de gardien parce qu'avec son 1m90, il faisait très bien l'affaire comme il le prouvait chez les scolaires. Première licence donc à l'ASPTT Bar-le-Duc. Et la progression est fulgurante. Un an plus tard, il est déjà en équipe de France juniors. Et dans les années 70, il quitte la Lorraine pour Paris et l'APAS qui évolue dans la D1 de l'époque. 3 saisons après il arrive au Racing. "En ce temps là, on allait dans un club par copinage. On retrouvait ses copains, l'aspect pécuniaire n'était pas du tout décisif. On ne changeait pas de club souvent. L'esprit club existait même au haut niveau." Arrivé au RCS en 1975, il le quittera en 1990 alors qu'il se retire du hand comme joueur.

Champion de l'intox

Date importante pour lui et le hand alsacien, ce jour de 1977 à Orléans où le Racing affronte l'ASPTT Metz, l'épouvantail du championnat. LA grosse équipe française du moment et grand favori de cette rencontre.

Blessé, il n'est pas en pleine possession de ses moyens. Le Racing la joue à l'intox et le fait néanmoins débuter dans les buts. "Après 20 minutes, j'ai du sortir et les Messins se sont vus plus beaux qu'ils n'étaient. Ils ont sous-estimé Richard Kern qui m'a remplacé." Celui-ci sort le gros, le très gros match. "Les gars de Metz ont perdu leur concentration et finalement l'équipe qu'on n'attendait pas vraiment remportait cette finalement assez facilement." Il n'y avait pourtant pas de stars dans cette équipe du Racing. Binetruy, Kleinpeter, Rabouil, Challemel, Egelé et les autres formaient plus une équipe de copains. "Nous étions très soudés et c'était notre force car sur le papier on ne partait pas gagnants."

Equipe de France

Notre géant barbu compte donc environ 160 sélections chez les Bleus. Il confesse ne pas en connaître lui-même le nombre exact. "A l'époque, il y avait 10 matches internationaux, 12 au maximum. Il m'a fallu un paquet de saisons pour arriver à ce total." Et ce dans une période bien moins faste en résultats que celle que nous connaissons depuis une douzaine d'années.

Qu'en pensent les autres?

Les gens ayant croisé Francis dans leur vie ne tarissent pas d'éloges sur sa modestie et son humilité. "Mais, comme l'explique Daniel Costantini, sur le terrain il se transformait en diable. Un des joueurs les plus doués que l'on aie connus." Jean-Louis Legrand qui a fait une grande partie de sa carrière internationale avec lui le confirme: "S'il prenait l'ascendant sur un tireur, c'était fini pour lui. Il ne laissait plus rien rentrer. Comme il changeait ses interventions d'une situation à l'autre, les attaquants ne pouvaient jamais se régler."

Techniquement aussi il était à part. "Atypique, selon Legrand, loin de l'école française plutot classique. Il faisait des arrêts que personne n'attendait. Il lui arrivait de sortir des tirs en lucarne avec le pied!" Marc Wiltberger se souvient particulièrement d'un arrêt qui doit toujours hanter les nuits de Bernard Gaffet, pourtant pas le premier venu: "Bernard tire à la hanche à ras de terre. Francis part à contre-pied mais arrête le ballon avec le pied en le bloquant, s'il vous plaît! Francis inventait des parades... Il a écoeuré plus d'un ailier avec ça!"

Papa handballistique

Marco a commencé sa carrière alors que Varinot jouait encore. "J'avais 18 ans, il en avait le double. C'est mon papa dans le hand. Grâce à lui, j'ai vu ce que c'est une grande gueule, un meneur sur le terrain, quelqu'un de généreux." Intarissable, il insiste sur l'humilité du personnage. "Il était très timide, discret. En fait, j'apprenais à le connaître en écoutant les autres parler de lui."

Retraite anonyme

Marco regrette toujours l'anonymat dans lequel s'est déroulé le dernier match de Francis Varinot. Les dirigeants du Racing d'alors n'avaient rien fait pour marquer le coup. Rien de rien. "Cela m'avait choqué, c'était une telle personnalité, il avait tant donné pour le club pendant 15 ans..."

Quittant l'Alsace en même que le terrain, il retourne à Bar-le-Duc entraîner l'équipe locale puis St-Dizier. Il se consacrera aux jeunes de Bar-le-Duc à la rentrée. Gageons qu'il va encore marquer plus d'un esprit, Monsieur Varinot.

Eric SEYLLER